Exemple : un corniste avait-il, par malheur, l'idée saugrenue de s'intéresser à un sujet relatif au trombone ou au tuba, voilà qu'il devait sacrifier la séance qui était forcément prévue au même moment pour son instrument à lui. Cruel dilemme ! Ce marathon était d'autant plus épuisant que certaines séances avaient de puissantes vertus soporifiques.
Après une journée bien remplie, saoulé de sons, de théories et d'impressions, l'héroïque congressiste s'écroulait sur une chaise de la salle de concert, pour affronter, dans un ultime sursaut d'énergie, le riche programme du concert quotidien (jamais moins de trois heures !). Je ne me sens pas l'âme d'un critique musical (d'une façon générale, les concerts furent très réussis et il y en eut pour tous les goûts), aussi vais-je plutôt parler du public. J'ai été frappé par la riche variété des applaudissements qui ponctuèrent les différentes performances des artistes et les différents instruments. Étrange ! Un corniste n'est pas applaudi de la même manière qu'un tubiste. La prouesse technique est suivie d'un fracas de hourras; on se lève, on mutile ses mains, on défonce le parquet. La révélation musicale intime, elle, s'applaudit très sobrement par un long, mais noble tapotement d'une main par l'autre.
Dans l'ensemble, les programmes musicaux furent traditionnels et conservateurs : morceaux de concours, pièces de virtuosité, classiques du répertoire; bref, pour un congrès, rien de bien nouveau (j'ai toujours cru qu'un congrès était une manifestation destinée à promouvoir les nouvelles idées et les nouvelles techniques dans un corps de métier en les soumettant à l'analyse et à la critique des participants; imaginez-vous qu'au prochain congrès des chirurgiens — en 1977 ! — un «grand» médecin vienne simplement montrer son agilité et son élégance à extraire un appendice et qu'en plus il se fasse payer pour la démonstration !).
Les seuls qui tentèrent quelque chose au niveau des idées furent quelques trombonistes, jazzmen et tubistes.
Les problèmes importants (par exemple : adaptation des musiciens de cuivres aux diverses évolutions artistiques contemporaines; prix du maintien de l'héritage musical traditionnel, etc.) et les questions importantes (par exemple : pour qui jouons-nous de nos instruments; quelle image offrons-nous au grand public ?) n'ont pas ou pas assez été soulevées ou débattues. C'est dommage !
Peut-être est-ce là la raison pour laquelle la question clé prévue pour le grand débat final reste posée : «Et maintenant, où allons-nous... ?»