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Editorial

Editorial

En même temps que Brass Bulletin 14, vous avez reçu le programme détaillé du Premier Congrès International des Cuivres qui s'est tenu à Montreux du 13 au 19 juin 1976. Que vous y ayez participé ou que vous ayez simplement lu le programme, vous avez pu vous rendre compte qu'il s'agissait d'un événement exceptionnel.

Il faut avouer que les organisateurs avaient eu beaucoup de courage pour mettre sur pied une rencontre pareille. Ils s'en sont tirés avec les honneurs de la guerre...

Une ville à vocation touristique comme l'est Montreux s'équipe professionnellement pour attirer les clients, en particulier les congressistes. Je dois avouer avoir été gêné par le côté «attrape-touriste» qui règne dans cette petite ville. De plus, les locaux étaient mal insonorisés, situés le long d'une route à grand trafic et les bruits les plus divers perturbèrent l'audition et la concentration.

L'exposition (instruments, accessoires, partitions, etc.) qui se tenait parallèlement aux manifestations culturelles était très riche et intéressante. La plupart des grandes maisons de l'industrie et de l'artisanat sont venues au rendez-vous. Les musiciens ont pu souffler dans toutes les sortes de modèles, avec toutes sortes d'embouchures et toutes sortes de sourdines. Certains s'en donnèrent à cœur joie. On ne peut pas dire que l'endroit était très reposant.

Les rencontres furent innombrables et chacun a certainement établi quelques contacts sympathiques et utiles. N'empêche que beaucoup de participants ne purent approcher comme ils l'auraient désiré tel ou tel «grand» avec lequel ils auraient souhaité s'entretenir.

Avec douze (!) conférences-récitals-démonstrations quotidiens (trois séances par instrument), le choix était plutôt embarrassant. On pouvait voir des musiciens hagards et indécis courir d'un local à l'autre (relativement éloignés les uns des autres, ce qui n'arrangeait rien...) anxieux qu'ils étaient de ne pas manquer un sujet important.

Exemple : un corniste avait-il, par malheur, l'idée saugrenue de s'intéresser à un sujet relatif au trombone ou au tuba, voilà qu'il devait sacrifier la séance qui était forcément prévue au même moment pour son instrument à lui. Cruel dilemme ! Ce marathon était d'autant plus épuisant que certaines séances avaient de puissantes vertus soporifiques.

Après une journée bien remplie, saoulé de sons, de théories et d'impressions, l'héroïque congressiste s'écroulait sur une chaise de la salle de concert, pour affronter, dans un ultime sursaut d'énergie, le riche programme du concert quotidien (jamais moins de trois heures !). Je ne me sens pas l'âme d'un critique musical (d'une façon générale, les concerts furent très réussis et il y en eut pour tous les goûts), aussi vais-je plutôt parler du public. J'ai été frappé par la riche variété des applaudissements qui ponctuèrent les différentes performances des artistes et les différents instruments. Étrange ! Un corniste n'est pas applaudi de la même manière qu'un tubiste. La prouesse technique est suivie d'un fracas de hourras; on se lève, on mutile ses mains, on défonce le parquet. La révélation musicale intime, elle, s'applaudit très sobrement par un long, mais noble tapotement d'une main par l'autre.

Dans l'ensemble, les programmes musicaux furent traditionnels et conservateurs : morceaux de concours, pièces de virtuosité, classiques du répertoire; bref, pour un congrès, rien de bien nouveau (j'ai toujours cru qu'un congrès était une manifestation destinée à promouvoir les nouvelles idées et les nouvelles techniques dans un corps de métier en les soumettant à l'analyse et à la critique des participants; imaginez-vous qu'au prochain congrès des chirurgiens — en 1977 ! — un «grand» médecin vienne simplement montrer son agilité et son élégance à extraire un appendice et qu'en plus il se fasse payer pour la démonstration !).

Les seuls qui tentèrent quelque chose au niveau des idées furent quelques trombonistes, jazzmen et tubistes.

Les problèmes importants (par exemple : adaptation des musiciens de cuivres aux diverses évolutions artistiques contemporaines; prix du maintien de l'héritage musical traditionnel, etc.) et les questions importantes (par exemple : pour qui jouons-nous de nos instruments; quelle image offrons-nous au grand public ?) n'ont pas ou pas assez été soulevées ou débattues. C'est dommage !

Peut-être est-ce là la raison pour laquelle la question clé prévue pour le grand débat final reste posée : «Et maintenant, où allons-nous... ?»

Brass Bulletin 15, III / 1976 pages 3–5

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